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  De la main à la terre, dans un va-et-vient charnel et nourricier, le sculpteur façonne, pétrit, appose et retire la matière afin de donner forme et corps, de rendre vie à l’inertie de la poussière . Dans son travail sur les têtes, les visages, Alain Baudet part avant tout du matériau et de la technique . L’argile, la chaux, le raku . La terre (la tête) malaxée, façonnée, voit le jour dans la fusion, dans une expérience toujours à la limite de la destruction . Métaphore de la destinée humaine à la lisière de la perte, de l’échec et de la survie .

Pratique “naturaliste non figurative”, elle puise aux sources d’images collectées lors de ses nombreux voyages en Afrique et en Asie, se nourrissant de mythologies antiques et orientales”, de “rencontres vécues ou fantasmées, d’identités diffractées, revisitées”.

Il nous dit : “La terre porte en elle tous les chemins, les destins, elle raconte aussi quelque chose sur nous-mêmes, c’est le médium idéal, il se nourrit de toutes les cultures et transmet la mémoire de la forme et du souffle, de la genèse à sa métamorphose ; c’est ce rapport à la terre, sa fragilité, sa vulnérabilité qui donne corps, ou du corps à mes rêves : représenter l’indicible, mettre à jour l’intime, retrouver l’existence en terre pour mieux se perdre à nouveau dans cette chair d’argile . Le visage est le témoin privilégié de cette confrontation, de cette frontalité “.

Rapport tactile, rapport visuel, charnel ? Ces visages nous somment du regard et nous invitent à un dialogue avec l’univers des formes . Si l’art est un “anti-destin”, les “têtes” d’Alain Baudet sont les témoignages privilégiés de ce passage de l’homme. La main du sculpteur restera comme une trace de ce passage . Leurs regards ne sont pas seulement orientaux ou asiatiques, telles les premières idoles négociant avec les forces chtoniennes, telles les têtes sur modelées de Jéricho ou les têtes de femme d’Uruk, ils scrutent l’éternité.

 

   


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